Quand j’essaye de comprendre le conflit israélo-arabe, je ne sais plus pour qui je suis… Rien ne semble pouvoir résoudre ce conflit,
à moins d’une extermination massive des Palestiniens ou des Israéliens, un génocide réciproque au finish, il y aura toujours des combattants pour vouloir garder ou reprendre cette terre… Et plus
Israël se défend, plus il génère de nouvelles générations prêtes à prendre les armes contre lui et plus il crée des kamikazes prêts à se faire sauter, pour tuer et se venger de tout ce qui peut,
de près ou de loin, représenter l’occident.
J’ai eu l’occasion de le dire ailleurs, à propos des émeutes dans les banlieues, si j’avais 15 ans aujourd’hui que ce soit dans une
banlieue-dortoir française ou à Gaza, je serais probablement comme tous ces jeunes prêts à en découdre avec tout le monde.
Même, si l’idée sioniste est antérieure à sa concrétisation, la création de l’État d’Israël a été possible uniquement à cause de la
culpabilité des occidentaux de ne pas avoir su empêcher la Shoah et même d’une certaine façon d’en avoir été complice. En réparation, ils ont pudiquement détourné les yeux sur la spoliation des
Palestiniens et leur légitimité historique à vivre dans cette région.
Oui, les Alliés ont laissé faire la plus grosse bêtise de l’après-guerre. Mais peut-être était-ce délibéré, peut-être avaient-ils
déjà machiavéliquement anticipé qu’ils auraient besoin de cette tête de pont pour servir de gendarmes dans cette région, éminemment névralgique d’un point de vue géostratégique, pour l’accès aux
ressources pétrolières…
C’est pourquoi, je suis sensible à l’argument de certains Palestiniens qui disent, tout à fait légitimement, qu’après tout, puisqu’il
y avait une réparation à donner aux juifs, la seule qui aurait eu un sens, à l’époque, aurait été de leur donner un bout de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon (et même de la Pologne, de
l’Autriche, de la France, …) et pas leur terre.
Alors, que faire ? Israël existe et est prêt à tout pour vivre et rester là… Les Palestiniens existent et ils ne décolèrent pas qu’on
les ait privés de leur pays. Et on ne peut même plus savoir qui a raison ou tort ; et plus inextricable encore, si on remonte dans l’histoire de la Palestine, qui a commencé ; car les sentiments
d’aujourd’hui ne sont que la conséquence des fautes commises hier par les pères. Comme dans ces vieilles querelles de voisinages qui ont perduré pendant des générations entre des familles de
voisins, où, les enchaînements des vendettas ne semblaient jamais pouvoir s’arrêter.
On mesure, à l’aune de l’histoire de cette région, que même les solutions politiques les plus réalistes proposées (création d’un État
palestinien, évacuation des zones occupées, etc.) ne satisferont jamais les milliers de Palestiniens qui ont tous une raison personnelle de continuer à haïr Israël…
Quand il s’agit de "justice", nous ne sommes plus dans l’ordre des considérations raisonnables, ou de celles des réparations
matérielles fussent-elles d’une portée symbolique forte. Nous sommes dans des problèmes psychologiques et émotionnels profonds que connaissent tous ceux qui ont eu à endurer des maltraitances,
des traumatismes et des injustices. Et il n’est pas nécessaire de les avoir subis personnellement, il suffit qu’un seul membre de la "famille" en ait été victime pour que les problèmes deviennent
ceux de tous les membres du groupe. Ceci est vrai pour les victimes ou les bourreaux directs, mais également pour tous ceux qui en sont les collatéraux, parents, aïeuls, cousins, descendants… et
mêmes voisins.
Tous ceux qui se sont interrogés un jour sur l’origine de leur souffrance actuelle, le savent bien, même en identifiant l’origine
historique, même en connaissant "les responsables et les coupables", non seulement ils prennent conscience que rien ne peut changer le passé, mais qu’en plus ils peuvent rester toute leur vie à
pleurer, à se révolter, à demander réparation et même à l’obtenir, sans que cela ne change strictement rien à leur niveau de douleur.
Quand j’entends des victimes sortir d’un tribunal en disant "justice a été rendue, je vais pouvoir faire mon deuil", je sais, par
expérience, qu’ils ne sont qu’au tout début du long et difficile chemin qu’ils vont avoir à parcourir, car un deuil et la douleur qui l’accompagne, ne se terminent jamais, … du moins, c’est mon
expérience. C’est seulement en vivant le présent et en se tournant vers l’avenir que le chagrin et la colère se font moins présents, sans pour autant jamais disparaître.
Alors, que faire ? Comment arriver à une solution de justice qui satisferait les 2 parties ? Les Juifs et les Arabes sont-ils
condamnés à perpétuellement se faire la guerre ?
Puisque les pères ne peuvent comparaître pour leurs fautes et leurs erreurs, puisque les enfants ne peuvent renier leurs parents,
puisque personne ne peut défaire ce qui a été fait, comment estomper les terribles souffrances de ces peuples déchirés ?
Seule une communauté internationale responsable pourra mettre un terme à ce conflit, en agissant comme un parent qui viendrait mettre
un terme à une bagarre dans une fratrie, en renvoyant chacun dans sa chambre. De ce point de vue la position de la France, qui propose de mettre en place une force d’interposition internationale,
est exemplaire…
Seulement pour aller jusqu’au bout de l’exemplarité peut-être faudrait-il que les États membres du conseil permanent de sécurité
arrêtent également d’être les plus gros fournisseurs d’armes du monde (le podium étant constitué dans l’ordre par les USA, la Russie et… la France, talonnés de près par la Grande-Bretagne et la
Chine, chacun armant quasiment indifféremment n’importe quels belligérants du monde). Rappelons-nous également, qu’il fut un temps où les USA armait massivement l’Irak pour entretenir sa guerre
contre l’Iran, ainsi que les mollahs afghans contre l’URSS, alliés d’hier devenus aujourd’hui leurs pires ennemis…
"Si tu veux la paix prépare la guerre" (Végèce : IVème siècle après JC), cette phrase (que tous les dirigeants du monde
prennent pour une vérité biblique) lui a probablement été soufflée par un "copain" marchand d’armes. En réalité, si tu veux la paix désarme les ennemis, car même dans le pire des cas quelques
châtaignes font moins de mal que les bombes et même les machettes (fournies par milliers par la Chine aux Hutus pour le génocide des Tutsis). Voilà une des missions que pourrait se fixer l’ONU :
pas seulement compter les points, mais avoir également mandat pour désarmer les belligérants et empêcher toutes nouvelles ventes d’armes.
Ensuite, il y a le problème des territoires : qui peut imaginer qu’un État palestinien serait viable en restant coupé en deux, entre
Gaza et la Cisjordanie, et même en puzzle, non assemblé, avec les accords d’Oslo et le mur des Israéliens qui s’approprient 12 % de territoire supplémentaire d’autorité… Il faut être sérieux et
recréer une identité géographique non divisée pour les Palestiniens, quitte à ce que les Israéliens abandonnent une partie du sud de leur pays. Et puisque tout le monde veut Jérusalem, que
celle-ci devienne une ville à statut international gouvernée par l’ONU qui pourrait même symboliquement y mettre son siège.
Enfin, il ne suffit pas d’avoir un territoire pour faire un pays et reconstituer une identité. Pour détourner de la guerre (et de la
vengeance) le peuple palestinien, il faut impulser un vrai plan Marshal de développement économique dans toutes les directions qui permettront à ce peuple de sortir des dépendances financières
multiples qu’il est obligé d’accepter aujourd’hui pour survivre ; et même pourquoi pas créer une zone de libre échange économique sur le modèle de la CEE (avec la paperasse en moins bien sûr…) ;
ce qui devrait également les détourner des influences et de leur reconnaissance à tous les pays (Syrie, Iran, et autres) qui les instrumentalisent, pour éviter que leur population se pose des
questions sur leur propre état de misère. Les tyrans de ces pays manient à merveille la, ô combien, vieille technique du bouc émissaire et le pire c’est que ça marche encore. Que deviendraient
tous ces pays s’ils n’avaient plus de "diable" à combattre ? Ils finiraient bien par comprendre que l’enfer n’existe qu’en eux-mêmes et dans leur système dictatorial. Quelle révolution ce
serait…
Combien coûteraient ces mesures ? Cher, très cher… Aussi bien d’un point de vue politique que financier, mais depuis presque 60 ans
que cette guerre perdure, combien a-t-elle déjà coûté en pure perte et souffrances des deux côtés ? Si tout l’argent qui a été dépensé pour faire la guerre et construire des bunkers avait été
investi dans le développement économique, le social, l’éducation, la santé, la Palestine serait aujourd’hui un paradis, un modèle de société multiconfessionnel exemplaire. Elle serait aussi un
vrai cheval de Troie idéologique pour la démocratie dans tous les pays voisins, dont les régimes dictatoriaux ne survivent que grâce à des ennemis désignés. Bien plus efficace, bien plus
positive, bien moins coûteuse que cette guerre absurde et meurtrière que les Américains font en Irak pour "imposer la démocratie" ou que l'effort de guerre permanent qu'est obligé de faire Israël
depuis 60 ans…
Le jour où les grandes puissances de l’ONU seront capables d’impulser tout cela, alors elles auront gagné la crédibilité qui leur
fait aujourd’hui cruellement défaut pour oser donner des leçons au monde entier… Il faudrait pour cela que ces mêmes grandes puissances comprennent qu’au final vendre des infrastructures ou des
biens de consommation n’est pas moins rentable que de vendre des armes. Le prix de la paix coûtera toujours moins cher que cette guerre perpétuelle.
On peut toujours rêver…
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