Vous connaissez mon goût pour les chiffres… Alors, suite à ces élections, j’ai eu envie d’analyser, par moi-même, les résultats des scrutins des
présidentielles.
Depuis 1965, cela nous donne les tableaux qui suivent (Sources : Wikipédia) ; je vous ai mâché le travail
de décryptage en vous surlignant en jaune ce qui, à mon sens, constitue des points remarquables :
Quels constats
en tirer, sans que cela ne devienne des vérités absolues ?
Depuis 50 ans,
la France est durablement et profondément un pays de droite.
À l’image, probablement, de la sombre période pétainiste qui n’a jamais été exorcisée par les Français et qui continue dans l’inconscient
collectif à agir comme une tentation jamais purgée.
À part en 1981, où le total des voix de gauche au premier tour est supérieur d’à peine 0,7 % à celles de droite, on peut vraiment se demander
comment Mitterrand a pu être élu, et surtout réélu en 1988… et par-dessus tout, en ayant une majorité à l’Assemblée nationale… À moins que, définitivement, il n’ait été finalement perçu que comme
un homme de droite déguisé en homme de gauche, uniquement pour arriver au pouvoir… opinion que je partage, depuis toujours, avec moi-même.
Par ailleurs, les « bayrouistes » m’excuseront pour le classement à droite, mais il faut appeler un chat un chat ; à ce que je
sache, son leader a beau nous seriner qu’il n’est ni à gauche, ni à droite, son positionnement centre droit, son programme et surtout ses actes décident pour lui.
Si les reports de voix se font conformément aux résultats du premier tour (63,67 % pour le total des voix de droite !!!), c’est
plié : nous prenons du Sarkozy pour au moins 5 ans… et plus, si le masochisme des Français en redemande.
Ces deux dernières assertions m’inspirent une question…
Qu’est-ce
qu’un programme de droite ou de gauche ?
Pour beaucoup de ceux qui ont réussi à lire les mesures que, je propose jusqu’au bout, et s’ils perdent de vue les buts à atteindre, la logique
et la globalité du plan, leur classement est évident, je suis un homme de droite… Finalement, à bien des égards, je suis bien plus radical que tous nos candidats de droite, puisque j’ose dire
qu’il faut supprimer l’ISF, l’IS sur les bénéfices non distribués, réaménager la TP, supprimer et fiscaliser tous les prélèvements sociaux, libéraliser et simplifier le droit du travail, et
cetera, et cetera.
C’est vrai finalement, d’avoir un passé d’anarcho-syndicaliste forcené, pratiquant orthodoxe de l’autogestion et même des communautés, ne me met
pas à l’abri d’avoir viré ma cuti, tout en niant que c’est ce qui m’est arrivé… Et pourtant, ma rage face aux injustices, à la misère, aux inégalités, … est non seulement intacte, mais va en
grandissant au fur et à mesure que je mesure mon impuissance à changer les destins, mais également la vacuité et la malhonnêteté de ceux qui voudraient nous faire croire qu’ils sont capables de
le faire pour nous.
Au fond, ce qui a vraiment changé dans mon positionnement, c’est que j’ai appris, de mes expériences des groupes sociaux, que ce n’est pas le but
visé qui doit indiquer le chemin à suivre ; mais je n’ai rien perdu de mon désir d’une société qui permettrait à chacun (pour faire court) de vivre « heureux », je pense toujours
et plus que jamais que les structures induisent les comportements des gens, ainsi que les « maladies » sociales et individuelles, j’espère toujours que la culture et la science
triompheront de tous les maux des hommes, je vise toujours à ce qu’un jour il n’y ait plus de patron ou plutôt à ce que chacun devienne son propre patron ; en cela je me distingue clairement de
la droite et de son idéologie sous-jacente.
Sarkozy a au moins ce mérite, c’est qu’il clarifie le débat. Il dit clairement qu’il croit à l’inné plus qu’à l’acquis, qu’il veut consolider la
hiérarchie sociale pyramidale, qu’il ne croit pas qu’on traite la misère par la culture, qu’il faut se défendre de tous ceux qui se dressent face à l’autorité, de ceux qui revendiquent des
droits, qu’il faut un appareil d’état fort pour protéger les nantis, que les exclus méritent ce qui leur arrive en ne faisant aucun effort, … Bref, il a une vision de la société où le changement
serait surtout pour faciliter le travail des prédateurs de pouvoir et d’argent, plutôt que d’essayer d’aménager le système pour multiplier les chances de chacun pour qu’il trouve sa place et son
bonheur dans cette société.
Ça fait effectivement de grandes différences avec ce que moi, je souhaite, car je rappelle à ceux à qui cela aurait échappé que toutes mes
mesures économiques et fiscales n’ont pas d’autres buts que de créer de nouvelles richesses et de l’emploi, ainsi que de démultiplier l’efficacité des services publics, pour générer les
ressources nécessaires à de grands programmes sociaux, d’éducation, de justice de redistribution, de solidarité, de responsabilité, de santé, d’aménagements du territoire, etc. Sujet tabou que ce
problème du financement et de la création de ressources supplémentaires, totalement absent du débat présidentiel puisqu’aucun n’a su nous dire comment il allait financer ses propositions ;
comme est absent le débat sur la mondialisation et ses effets mortifères sur notre économie (mais il en est de même avec l’entrée des nouveaux membres de la CE) ou comment nous allons lutter
contre le rouleau compresseur des pays émergents ; et non accessoirement encore, comment nous allons mettre un terme au gouffre financier et à l’inefficacité chronique que représente le
paritarisme à la française…
Les comptables sont vraiment des gens chiants, ils sont toujours là pour jouer les rabat-joies et rappeler les limites des pensées magiques de
ceux qui prennent leurs désirs pour des réalités…
Est-ce que j’ai répondu à la question initiale ? Il me semble que oui, plutôt que de parler de positionnement idéologique des actes, il faut
aujourd’hui que ceux qui pensent la politique comprennent qu’il n’y a pas nécessairement de lien entre une mesure politique et les résultats souhaités. Si la gauche pouvait, un jour, faire son
« aggiornamento » dans sa façon de penser les solutions, nous pourrions, enfin, réellement en finir avec toutes les déceptions qu’elle a engendrées à chaque fois qu’elle a exercé le
pouvoir.
Donc, par exemple, la question n’est pas : « est-ce que de supprimer l’ISF est une mesure de droite ou de gauche » ; c’est
pourquoi, dans quel but et avec quels aménagements, dans ce contexte donné est-il bon de supprimer l’ISF ? Si on tient mordicus à la valeur idéologique symbolique de l’ISF (faire payer les
riches en patrimoine !!!), alors qu’il y a tant d’autres manières de les faire payer sans les faire fuir, sans les braquer, en réalisant des économies sur les structures de recouvrement et
en débloquant les freins à l’investissement, alors, on restera un indécrottable idéologue de gauche, à mes yeux, à classer au même rang que tous les ayatollahs extrémistes qui emmerdent la
planète entière depuis toujours et particulièrement en ce moment.
Et pour terminer ce laïus, alors oui, je ne me reconnais dans aucune des propositions, ni aucun des buts que Sarkozy poursuit,
malheureusement, je suis, tout aussi également résolument anti-Royal, à cause des solutions qu’elle propose, alors que je partage tous ses objectifs…
Mais, je crois bien que les presque 19 % de voix de Bayrou sont une illustration parfaite que la pensée des citoyens est en train d’évoluer dans
cette voie. Dommage que son positionnement « ni-ni » le conduit à abandonner une pensée radicale, pourtant nécessaire à ce que ses propositions soient à la hauteur des enjeux.
Quels autres
constats faire sur les résultats ?
Depuis toujours j’entends que les abstentions profitent à la droite, mais, à l’épreuve des chiffres, cette assertion n’a aucun fondement… Les
seules choses que l’on peut vraiment affirmer c’est que :
-
1 - presque 25 % des Français n’ont pas bougé le petit doigt pour empêcher Le Pen de passer ; probablement les mêmes qui sauraient
s’adapter, sans l’ombre d’une mauvaise conscience, à une nouvelle occupation allemande et qui ressortiraient, tout aussi également, les drapeaux français à la libération, …
-
2 - les reports de voix ne se font jamais tels qu’ils devraient être, selon la répartition des premiers tours ; ça, c’est un vrai mystère…
Définitivement est-ce que cela veut dire que le positionnement politique des électeurs est à géométrie variable ? Plus probablement, je pencherais plutôt sur le problème que pose la
personnification de la politique… Dans notre système démocratique, on ne vote pas pour des idées, des programmes et des compétences, mais sur le charisme et le pouvoir de séduction des leaders.
Alors, effectivement en fonction des affinités humaines que les uns ou les autres inspirent, il devient assez facile que des voix se promènent de la droite à la gauche et vice-versa, sans
aucune cohérence par rapport aux propositions que portent les candidats.
-
3 - la démocratie fonctionne au mieux avec 84 % des voix et au pire avec 70 % des voix, … À quelle légitimité conduit notre système ? Même
avec le taux de participation record du denier scrutin (il faut remonter en 1965 pour avoir un meilleur taux), Sarkozy ne représentera jamais que 26 % des électeurs inscrits… Le deuxième tour
validera toujours le moins pire aux yeux des électeurs, sans jamais donner la moindre légitimité au candidat élu…
-
4 - bien que représentant moins d’électeurs que la droite, la gauche a toujours pu présenter autant de candidats ou plus de candidats que la
droite… Étonnant, non ? Est-ce un hasard, alors qu’un Dupont-Aignan, qui représentait une vraie alternative innovante, n’a pas réussi à obtenir ses 500 signatures ? Chercher l’erreur,
le complot et/ou la bêtise de la gauche, vous-même…
A ma connaissance, je ne connais pas d’étude qui recenserait, les pourquoi, les motivations et la composition sociologique des trois premiers
constats et surtout, des absents de l’expression démocratique. Comment est-ce possible qu’entre 16 et 36 % de la population (et plus aux législatives) ne se sente pas concernée par les élections
? Ça reste un vrai mystère pour moi qui n’ai jamais raté une élection, sauf une européenne où je suis arrivé en retard au bureau de vote à cause d’embouteillages…
Les
perversions de notre système démocratique continuent…
C’est une évidence, dans un système bipolaire et à majorité absolue, on sait par expérience, que ce sont les minorités (les centristes, les
indécis, les « je change d’opinion comme de chemise », les pêcheurs à la ligne, les extrémistes, …) qui font ou défont les majorités.
On le sait d’autant mieux que c’est une expérience quotidienne du fonctionnement des entreprises, sans les 51 % de majorité aucun conseil
d’administration n’est à l’abri de se faire virer, parce qu’un minoritaire aura changé d’avis et d’alliance.
De même, compte tenu de la versatilité des électeurs, il n’est pas exclu qu’un Sarkozy ou une Royal puisse être élu et se retrouver 2 mois plus
tard sans majorité pour gouverner à l’Assemblée nationale.
Définitivement, il faut entériner ces faits qui sont de vraies plaies pour la démocratie… C’est pourquoi, entre autres, j’ai proposé ce système
de vote en 4 expressions en 2 tours et sur liste unique, avec une semi-proportionnelle ( B - 1 - Les institutions (début) ), qui permet de donner une vraie majorité à un
programme, sans qu’il y ait besoin de toutes les puantes tractations auxquelles nous assistons en ce moment ; en contrepartie, je limite la durée des mandats à 4 ans et le nombre de
réélections possibles à 3.
Non accessoirement, je me demande toujours : est-ce les Français qui sont profondément à droite ou est-ce la personnification du système qui
leur fait préférer les représentants les mieux « burnés », à leurs yeux, parce que ça rassure plus que les « chiffes molles ».
J’attends qu’un psychosociologue nous fasse un jour une étude comparative des profils des candidats de ces 30 dernières années et des motivations
de leurs électeurs. Je suis quasiment sûr que nous aurions de drôles de surprises sur les motivations profondes des choix… Je pense que le cerveau reptilien des électeurs domine encore leurs
choix et qu’ils votent comme s’ils avaient à choisir le « dos argenté »
susceptible de protéger le mieux la tribu ou du moins celui qui se sera montré le plus fort dans les joutes oratoires opposant les candidats… La stratégie payante de Bayrou, tapant à gauche et à
droite, est une illustration parfaite de ce qu’il faut faire pour récupérer de la considération, alors que son programme est à peu près aussi intéressant que les vacances de « oui-oui »
à l’île de Ré…
Tout le monde se souvient comment Giscard a désarçonné Mitterrand avec son « monopole du cœur », puis plus tard comment Mitterrand a
écrabouillé Giscard avec son « homme du passif », ainsi que Chirac en le remettant à sa place de « premier ministre ». Vraiment si c’est là-dessus que se joue l’avenir d’un
pays, c’est triste et, si j’étais un facho, j’en viendrais même à penser qu’il faudrait faire passer un « diplôme de capacité à la démocratie » pour avoir le droit de voter… Selon mon
hypothèse, un Tapie ferait probablement encore 20 % des voix, juste avec son bagou et sa voix grave… Alors, je suis fort pessimiste sur les chances de Royal qui, outre son programme inefficace et
dangereux pour l"économie, a (de mon seul point de vue totalement suggestif) le charisme d’une huître…
Ce système démocratique est vraiment, pour moi, le comble de l’inefficacité et de la perversion… qui autorisent les électeurs à continuer à se
comporter comme des enfants.
Pour conclure
provisoirement…
Désolé pour mon amie Claude et la peine qu’elle a de voir que la droite va, encore une fois, détenir tous les leviers décisionnels de ce pays (ce
qui est une horreur en soi, je l’admets), mais, j’ai fait une promesse que je ne pourrai pas tenir… je crois bien que je ne me déplacerai même pas pour le second tour… ou alors, ça sera pour
voter blanc.
Désolé pour tous ceux qui vont morfler avec Sarkozy, mais plus personne ne me fera voter pour le moins pire, où, alors il faudra qu’il y ait le
feu à la maison, comme en 2002 ou que Royal annonce clairement que DSK sera premier ministre !
Nous méritons la punition Sarkozy… pour que les vieux démons se confrontent, enfin, à la réalité. Sans cette douloureuse catharsis salvatrice et
rédemptrice, la gauche perdra définitivement son âme et son intelligence.
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