Première date de publication : 16/12/2010
Date de la dernière mise à jour : 27/01/2011
Depuis la crise grecque et celles qui ont suivi, on voit fleurir un tas d’articles sur les « bienfaits », au choix : de l’abandon de l’Euro, d’un retour au Franc, d’une partition/scission de la zone euro, d’un retour au serpent monétaire européen, … et même d’une sortie de la seule Allemagne de l’Euro et/ou d’une politique inflationniste…
Aussi, il est temps de vous apporter quelques informations succinctes là-dessus. Succinctes, car la complexité du sujet oblige à faire des raccourcis, pour ne pas rendre cet article illisible par ceux qui ne sont pas familiers des mécanismes économiques.
Les comparaisons qui n’en sont pas pour un retour au Franc
Outre les aspects souverainistes et nationalistes qui sous-tendent ce genre de propositions, qui personnellement ne m’intéressent pas, les arguments sont toujours les mêmes et pour ceux qui prônent ce genre de solutions, les buts sont simples : c’est pour eux, le seul moyen de retrouver de la compétitivité et de gérer les dettes, en permettant aux pays, par l’ajustement à la baisse de la valeur de leur monnaie, de ne plus vivre au-dessus de leurs moyens ; ce qui déprécierait également mécaniquement (par l’inflation, oublient-ils de rappeler) le volume de la dette. Pour cela, « ils » nous citent toujours par comparaison, au moins un des 5 cas de figure que nous pourrions adopter comme exemples de réussite :
- L’Argentine, généralement citée pour démontrer qu’on peut refuser de rembourser les trois quarts de sa dette, laisser la valeur de sa monnaie s’effondrer et y survivre, … en « oubliant » au passage, le chaos terrible qu’ont vécu les Argentins de 2001 à 2007 (plus de 30 morts dans des émeutes de la faim), avec une terrible inflation (+ de 25 %), plus de 30 % de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, et cetera… On admire, cependant, le redressement économique de ce pays et son développement accéléré, sans tenir compte qu’il est essentiellement dû à partir de 2005 à des mesures protectionnistes draconiennes (les importations sont hyper taxées), de pures mesures keynésiennes (relance de l’activité économique (+ 50 % en cinq ans) soutenue par des dépenses publiques massives, notamment doublement de la masse salariale), ainsi que des richesses minières en grand nombre qui ne demandaient qu’à être exploitées…
- La Tchécoslovaquie, généralement citée pour démontrer qu’on peut faire une partition de pays en créant deux monnaies sans que ça ne produise d’effets « néfastes » (ou presque), ou autrement dit qu’on peut défaire ce qui a été fait sans problèmes majeurs, … en « oubliant » au passage qu’en aucune manière la partition politique n’est à l’origine de la modification des équilibres et des contextes préexistants. Depuis 1993, date de la partition, la zone initialement riche (la Tchéquie) est restée riche, tandis que la zone initialement plus pauvre (la Slovaquie, qui a adopté l’Euro en 2009) est restée plus pauvre… Cependant, si on se fie au PIB par habitant, l’écart entre le premier et le deuxième pays aurait plutôt tendance à se réduire passant de plus de 25 % à 11 % en 2009. La Slovaquie améliore également son IDH pendant que celui de la Tchéquie se détériore … Quel rapport avec la monnaie et l’Euro ? Aucun, mais c’est pourtant un des exemples pris pour nous dire que nous n’avons rien à craindre d’un retour aux monnaies d’origine des pays de la zone euro. Bien évidemment, une partition issue d’une économie autarcique (à l’exception des échanges avec l’ex-bloc des pays de l’Est), qui n’a donc aucun compte à rendre à personne, ne risque pas grand-chose à séparer un gâteau en deux, pour peu que les deux parties soient d’accord… ce qui serait bien loin d’être le cas pour les 16 pays de la zone euro et tous ceux qui en dépendent.
- Les USA, ha… les USA… toujours cités comme le « magnifique » exemple d’une politique monétaire cohérente et indépendante, où l’État finance, sans « souci », les dettes qu’il crée par l’émission en continu de bons du Trésor et de nouveaux billets… en « oubliant » au passage que le Dollar est la monnaie d’échange mondiale et la principale devise de réserve de toutes les banques centrales. Effectivement, c’est assez facile de maintenir un niveau d’endettement inégalé dans le monde, avec une valeur de la monnaie qui tient (bon an, mal an) et sans que toute l’économie ne rentre en récession, quand les surplus monétaires sont mécaniquement absorbés par le développement du commerce international et la demande mondiale. Et si les créanciers deviennent trop arrogants, hé bien, on laisse filer la valeur du Dollar, de façon à rembourser par l’inflation ce qu’on ne peut plus payer ; ce qui « calme » tout le monde très vite, sous peine que tous les détenteurs de billets verts se retrouvent avec des containers de devises qui ne vaudraient même plus le prix de la benne qui les contient… Un système de cavalerie mondialisé, avec un statu quo total, où le premier qui bouge a perdu et entrainerait tous les autres dans sa chute… Il y a bien quelques sombres nuages qui s’amoncellent, mais bon, on verra plus tard, quand les guerres seront finies… Les Américains continuent, donc, à vivre et à consommer à crédit (avec 17 % de chômeurs quand même) et la Chine continue à accumuler son trésor de guerre économique (plus de 2 400 milliards de dollars d’avoir). On se demande bien un peu, qu’est-ce que va faire la Chine de ses presque 20 % du PIB des USA et tout le monde voudrait bien qu’elle redonne cet argent aux Chinois pour qu’ils se mettent à consommer un peu et que le pays perde, ainsi, un peu de son écrasante compétitivité. Mais non, ils ne sont pas si bêtes, car tout ce qui se consomme pour le confort des humains ne produira plus rien directement et augmenterait les coûts de production… Aussi, suivant en cela l’exemple de développement japonais, ils investissent à tour de bras dans des secteurs stratégiques, et il viendra sûrement le temps où tous les principaux actionnaires américains, africains, asiatiques, océaniens et même européens seront chinois…
- Le Royaume-Uni, le membre de l’U.E. qui a gardé son indépendance monétaire et dont, depuis 2010, on admire le rebond économique et la rigueur, malgré la crise ; vitalité que les analystes attribuent à son indépendance monétaire… en « oubliant » que cette croissance qui sera d’environ 4 % en 2010 a été permise par un effondrement de la Livre et une inflation qui a atteint son plus haut niveau depuis les 20 dernières années (± 4 % en 2010). Les observateurs craignent maintenant, 3 mois après l’euphorie, que la spirale salaire-prix anéantisse tous les effets de cette croissance ; pire la baisse de la consommation des ménages et la rigueur budgétaire gouvernementale font craindre une récession massive ; et ce pays ne doit son relatif maintien qu’à la reprise des échanges financiers : quand plus de 10 % du PIB est constitué par le « droit de péage » que constitue la City sur les transactions financières mondiales, il suffit que les autres « travaillent » pour que l’argent rentre…
- Le Danemark, autre membre de l’U.E. qui a gardé son indépendance monétaire et dont « on » admire la résistance à la crise, avec un des taux de chômage le plus bas d’Europe, sans que ses richesses intrinsèques puissent l’expliquer (comme pour la Norvège qui bénéficie, elle, de la rente du pétrole)… en « oubliant » que son indépendance monétaire n’y est pour rien, d’autant plus que sa Couronne est liée à l’Euro par un mécanisme dit de MCE. En fait, il y a longtemps (depuis 1987) que le Danemark a compris comment fonctionne l’économie mondiale et qu’elle s’est dotée structurellement des moyens pour y faire face en boostant sa compétitivité, notamment par l’instauration de la TVA sociale, bouleversant en cela sa structure productive et son système de perception d’impôts… Bien que montrant des faiblesses, à cause de la limite imposée par l’Europe sur le taux de TVA maximum (25 %), ce pays souffre moins que d’autres, parce que son système économique et social est tout entier tourné vers l’adaptation rapide aux marchés mondiaux et au soutien de ses productions locales…
L’adage « comparaison n’est pas raison » n’a jamais si bien dit ce qu’il veut dire à propos de cette polémique sur la monnaie. Tant de mauvaise foi, ou d’ignorance, volontaire ou pas, a de quoi interroger. Pourquoi « oublier », sciemment ou pas, de nous citer tous les autres pays qui ont leur propre monnaie et qui pour autant sont dans des états économiques pitoyables et désastreux ? Pourquoi, nos analystes économiques « oublient-ils » de nous exposer et de comparer les contextes intrinsèques ?...
Peut-être que cela démontrerait immédiatement qu’ils sont tout simplement « hors sujet » et que ces cas de figure ne peuvent en aucune manière s’appliquer à la France et encore moins à la zone euro... Dommage pour leurs fantasmes souverainistes et nationalistes… Dommage pour la pensée magique, toujours en recherche de justifications faciles, qui préfère tordre le cou aux faits plutôt que de réfléchir sur l’origine réelle et complexe des problèmes.
Quelle que soit la façon proposée de le faire, toutes ces comparaisons, pour nous inciter à penser qu’on peut et qu’il faut abandonner l’Euro, n’ont vraiment pas de sens. C’est aussi absurde et vain, que si la Californie (8ième puissance mondiale par son PIB) et les 12 autres États fédéraux, qui sont dans des faillites autrement plus dramatiques que nos pays de la zone euro, se mettaient à vouloir faire des sécessions monétaires en pensant que cela va résoudre leurs problèmes…
On pourrait le faire par choix, par pure volonté politique de récupérer un centre de décision que nous partageons aujourd’hui avec d’autres pour le meilleur et pour le pire ; mais alors, il faut également dire quels risques sont inhérents à celui-ci, et pas seulement, nous faire « envier » des « réussites » qui n’en sont pas, d’autant plus que l’indépendance monétaire n’est pour rien dans leur situation...
Politique-fiction sur l’abandon de l’Euro et le retour au Franc
Pour limiter les développements, je ne reprendrai que le cas de la France. Cependant, il faut bien comprendre qu’un divorce de l’Europe sur l’Euro n’a aucune chance de se passer en « douceur », comme la partition de la Tchécoslovaquie, tant l’imbrication et l’interpénétration des économies de la zone euro donnerait lieu à des disputes et des tractations sans fin, sur qui possède quoi et qui doit payer quoi… entre autres…
Mais faisons quand même, un peu de politique-fiction, la zone euro éclate, chacun récupère sa monnaie, que se passe-t-il pour la France ? Juste deux préalables et rappels de base :
- nos dettes publiques sont actuellement détenues à plus de 70 % par des fonds étrangers,
- notre balance commerciale est en déficit chronique depuis 1974 (!) ; à l'exception d'une légère embellie provisoire entre 1992 et 2003, nous avons atteint en 2008, un déficit historique de 57 milliards d’euros avec un taux de couverture d'à peine 87,3 %…
Nous avons, donc, sans même évoquer tout le reste que nous verrons en partie plus loin, deux handicaps de base assez colossaux :
- compte tenu des politiques gouvernementales menées (qu’elles soient de droite, comme de « gauche »), nous sommes obligés de faire chaque année sur les marchés financiers privés un nouvel emprunt de la totalité de nos besoins de remboursement (et plus) ; soit 184 milliards d’euros au total en 2011, représentant 1,5 fois la totalité des impôts de l’État (IR, IS et autres) à l’exception de la TVA (!) ou 73 % du budget total des recettes ( !!!). Nous sommes, donc, totalement dépendants du bon vouloir et de la confiance des prêteurs étrangers, pour la détermination des taux du loyer de nos dettes…
- nous achetons plus que nous ne vendons… et si nous n’étions pas dans le sillage de l’Allemagne (merci à elle, de nous avoir permis de vivre au-dessus de nos moyens depuis si longtemps), avec sa balance commerciale hyper positive, notre monnaie locale vaudrait de la roupie de sansonnet… ou plutôt, si on pense très schématiquement que le taux de couverture détermine la valeur de la monnaie, nous subirions à l’instant où nous sortons de l’Euro, une perte de pouvoir d’achat global de 13 %, et bien plus, si « on » veut nous faire payer tous nos arriérés...En conséquence, notre PIB s’effondrera à-peu-près du même taux… Une sacrée claque qui se traduira immédiatement par une envolée du chômage…
On comprend bien que dès l’annonce de la fin de l’Euro, tous ceux qui en possèdent voudront s’en défaire et on peut déjà s’attendre à une belle pagaille qui fera plonger la valeur de cette monnaie (sauf si on bloque le Forex ce qui est impossible, puisque cela gèlerait également toutes les transactions économiques mondiales). En tout état de cause, ça ne pourra que réjouir les Américains qui se retrouveront sans plus aucun concurrent, pour continuer leur politique de fuite en avant monétaire. Mais passons… Les parités sont fixées, les monnaies reconverties. On l’a fait dans un sens, on peut le refaire dans l’autre, rien de bien terrible en somme, d’un point de vue technique…. Et après ? Les États reprennent leur indépendance monétaire, cependant, aucun des mécanismes des marchés financiers n’aura pour autant été modifié. Et depuis 40 ans c’est même pire, puisque nous avons cédé à toutes les libéralisations qui permettent, aujourd’hui, de considérer que la valeur de la monnaie répond à la loi de l’offre et de la demande, sur laquelle « on » spécule, ni plus ni moins qu’une quelconque marchandise, matière première ou titre bousier. Aussi, trois scénarios seulement sont possibles pour la France :
1 - nous prenons l'engagement d'honorer nos dettes, seulement les marchés financiers n'ont absolument aucune raison de faire confiance à une nouvelle monnaie et même de vouloir qu'on les rembourse avec cette monnaie, dont ils n'ont que faire... En conséquence, la valeur des dettes détenues s'effondre, plus personne ne veut acheter de nos dettes et nous prêter, nous sommes obligés de proposer des taux de rémunération majorés (à mon avis au minimum quintuplés), le loyer de l'argent devenant plus cher, nous sommes également obligés de répercuter cela dans nos impôts et dans les prix à tout niveau ; la spirale prix-salaires s’enclenche (avec une conséquence qui pourrait même être l’hyperinflation), nous ne pouvons plus emprunter pour investir, nous payons très cher nos besoins en matières premières, et la compétitivité gagnée dans l'effondrement de la valeur de notre monnaie passe tout entière, et bien plus, à payer nos nouvelles dettes et les majorations de nos coûts de production... et qui paye ??? Toujours les mêmes qui se verront appeler à se serrer un peu plus la ceinture et auxquels certains se réjouiront de pouvoir enfin dire qu’on ne peut plus financer leurs droits sociaux...
2 - nous faisons comme l'Argentine en gelant les remboursements... résultats, exactement les mêmes que précédemment en plus grave, voir exemple argentin !
Et il y a le troisième scénario des souverainistes, qui nous disent que nous aurions à nouveau à notre disposition des armes monétaires pour faire face aux problèmes précédemment soulevés :
- par l’abrogation de la loi de 1973, nous pourrions retrouver notre liberté pour que l’État puisse, à nouveau, émettre des bons du trésor, sans plus passer par les marchés financiers privés,
- par la maîtrise de la création monétaire,
- par la maîtrise de nos taux directeurs (actuellement à 1 % pour l’Euro), en les augmentant, pour rendre attractive notre monnaie,
- et même, pour certains (dont je fais partie, par ailleurs), par la renationalisation de certaines banques pour ne plus avoir à nourrir les parasites qui vivent du travail des autres et qui sont, en plus, les principaux responsables de la crise (ce qui, même si ça n’est pas faux, leur fait porter une responsabilité qui est bien moins grave, à mon avis, que l’immobilisme de nos politiques), …
Donc, le scénario serait :
3 - nous prenons l'engagement d'honorer nos dettes et nous abrogeons la loi de 1973 qui empêche l'État d'émettre ses propres obligations et d'aller chercher de l'argent ailleurs que sur les marchés privés... Et alors ? Pourquoi les prêteurs auraient-ils plus confiance dans des obligations d'État ou bons du trésor ? Donc deux conséquences qui au final n’en font qu’une :
- sans acquéreurs de nos bons du Trésor et contraints par nos engagements budgétaires, nous faisons tourner la planche à billets ;
- ou/et on nous prête, mais à des taux tellement élevés que nous sommes obligés de répercuter ces majorations dans nos impôts et nos coûts, asphyxiant également par contrecoup les investissements,
Résultat, la valeur de notre monnaie se déprécie de fait, et nous rentrons dans la spirale inflationniste ou hyperinflationniste… et pour faire court, ça ne changerait pas grand-chose, et à mon avis rien du tout, aux conséquences précédemment exposées au scénario n° 1...
Dans notre contexte international, les théories souverainistes sont un effet d’optique idéologique déformant par rapport au problème de la monnaie… Il est trop tard pour nous, pour remettre en cause les dépendances et interdépendances que nous nous sommes créées, sans passer par une phase destructrice et chaotique.
Les systèmes complexes méritent un meilleur traitement…
J’espère qu’après ces démonstrations, c’est plus clair… Il faut que les gens, qui réfléchissent, arrêtent de le faire comme si nous étions seuls au monde et sans tenir compte des interactions complexes et des contextes. Exercice difficile, mais essentiel pour ne pas dire et faire n'importe quoi. Et puis, il y a surtout un problème qui semble totalement échapper à nos « analystes », c’est que si tout le monde fait pareil, si tous les pays mènent des politiques de déflation compétitive par la dépréciation de la monnaie, y aura-t-il un gain pour tout le monde, ou juste l’instauration (enfin officielle) d’une compétition des misères ?
La réponse est dans la question, une politique déflationniste par la dépréciation de la monnaie n’a une toute petite chance de fonctionner que si tous les partenaires commerciaux ne font pas pareil ! Ce qui, compte tenu de la situation, tout également désastreuse, des autres pays de la zone euro, est une impossibilité totale… Le seul objectif que nous risquerions d’atteindre, c’est de forcer l’Allemagne à rentrer dans ce type de « logique », contre sa volonté… et nous nous retrouverions tous dans une spirale inflationniste et une compétition entre nous des misères… Sans même évoquer qui paierait douloureusement, encore une fois, ce genre de politique, ce serait un « beau résultat » et un incroyable gâchis, après des décennies d’efforts de cohésion…
Le subterfuge, des raisonnements qui mettent en avant les "réussites" locales, c'est qu'il ne compare pas à partir des différences de contexte et voudrait nous faire croire qu'on peut transposer des décisions politiques, sans tenir compte des données spécifiques qui font que ça fonctionne dans tel cas et que ça serait une catastrophe dans un autre... Sans oublier que changer de monnaie, par exemple, en gardant nos règles actuelles au niveau de l'OMC et des marchés financiers est un non-sens !!! Ce biais se retrouve d’ailleurs, dans la pensée keynésienne élaborée à une époque où les économies des pays ne progressaient pas en interaction les unes avec les autres. Mais là encore, malgré les bouleversements mondiaux, c’est impossible de faire entendre à tous les tenants de la relance par la consommation que, dans des économies ouvertes à la compétition internationale, cela n’aboutit qu’à un appauvrissement supplémentaire…
Depuis 60 ans, on a déjà tout essayé au niveau de la politique monétaire en France ; et depuis 1970, rien n'a fonctionné ou a même aggravé les problèmes. Plusieurs dévaluations (-34 % de 1969 à 1979 et - 30 % de 1979 à 1989), avec une inflation, à deux chiffres, qui filait aussi vite que le chômage augmentait, n’ont fait que repousser les problèmes sans en régler aucun ; en faisant porter aux salariés l’intégralité du coût et des conséquences de ces « mesures »... sans oublier que les investisseurs préféraient partir sous des cieux plus cléments pour la préservation de la valeur de leurs capitaux, ce qui ne manque jamais d’arriver avec des déflations par la baisse de la valeur de la monnaie. Ça se comprend facilement, si j’ai 100 à investir :
- est-ce que je les mets chez un pays qui me propose de gagner 10 (peut-être), mais dont l’inflation et/ou la dévaluation monétaire, aura mécaniquement fait fondre la valeur de mon capital de plus de 10,
- ou est-ce que je les mets chez un pays qui me propose de gagner 2 (presque à coup sûr), inflation déduite et sans perte de capital ?
Je sais pas, vous, mais moi, je choisis la deuxième solution. La dévaluation monétaire et/ou l’inflation permettent soi-disant de retrouver de la compétitivité, mais plus personne ne veut investir, parce que la monnaie se déprécie plus vite que les gains attendus ; résultat, c’est pire qu’avant pour l’emploi et la création de richesses, et la population s’appauvrit sans aucun gain pour personne… C’est ce cycle infernal que Bérégovoy a voulu briser en retournant au franc fort, dès 1985, sans avoir compris que ça ne suffirait pas pour combattre la compétitivité et la concurrence déloyale des pays émergents… ou peut-être qu’il n’a pas eu le temps d’imposer ses vues pragmatiques…
Ce qui est dingue, c’est que les tenants du retour au Franc proposent, ni plus ni moins, que de remettre ça, en nous faisant revivre toute l'histoire ; ils délirent ou quoi ? Ou peut-être sont-ils alzheimériens….
Le fond du problème, c’est qu’on ne veut pas s'attaquer aux fléaux de base que sont la désindustrialisation, la financiarisation et comment on recrée de la compétitivité à l'international, dans un contexte de libre-échange et de libre circulation des capitaux.
En 1973 et au cours de la décennie qui a suivi, pendant que les Allemands (bien plus affectés que nous par les chocs pétroliers à cause de leur dépendance énergétique), décidaient de se remettre en cause et de mener à marche forcée une politique volontariste d’investissements et de modernisation de leur appareil industriel, ainsi que de recherche de nouveaux marchés, nous, au nom de la « libre concurrence » (si chère au tandem des fossoyeurs Barre-VGE), nous laissions des pans entiers de nos industries (charbonnages, métallurgie, textile, électronique, manufactures, …) s’effondrer, mourir ou partir à l’étranger, sans lever le petit doigt. Nous ne nous en sommes jamais remis, depuis… et pourtant, il y avait et il y a toujours des solutions.
Nous pourrions commencer par remettre en cause les règles de l’OMC et de l’Europe, mortifères pour les économies locales et le développement durable, au lieu de nous tirer une balle dans le pied en sortant de l'Euro... Et sans attendre ces changements globaux, il y a au moins 20 mesures que nous pourrions prendre, sans toucher à la monnaie, qui règleraient définitivement ces problèmes pour nous (voir les propositions économiques, sociales et autres de ce blog) ; mais bien évidemment, cela remet en cause tellement de prés carrés que c'est à peu près impossible à faire entendre...
J’entends également souvent que seule une convergence européenne des politiques fiscales et sociales, nous sauverait… Mais quelle convergence ? Avec l’Allemagne ? Le Danemark ? Le Royaume-Uni ?... Là encore cela procède de la pensée magique, nous n’avons nul besoin d’attendre que tout le monde soit d’accord, pour changer de politique et réussir avec ou sans eux… J’ai même dans l’idée que la convergence se ferait de fait, si nous pouvions démontrer concrètement que c’est le Danemark qui a raison et qu’on peut même faire mieux…
Au final, ces histoires de monnaies, fortes ou faibles, n'ont pas beaucoup d'importance (sauf pour ceux qui n’arriveraient plus à acheter leur pain à cause d’une monnaie trop dévaluée) et ceux qui glosent là-dessus prennent les conséquences pour les causes en pensant que c'est ça qui est déterminant dans la performance économique d'un pays... alors même qu’ils ont sous les yeux tous les contre-exemples qui leur prouvent que ça ne fonctionne pas comme ils le pensent. L’Allemagne est exportatrice avec un Euro fort, alors que bien d’autres pays à monnaie faible crèvent « tout simplement » de faim…
On a eu et on a encore tous les cas de figure de par le monde (et en Europe) et il faut vraiment penser avec un mononeurone pour ne pas comprendre que ce n'est absolument pas ça qui est déterminant... C'est ainsi, à chaque fois qu'on réfléchit avec des idéologies et de la pensée magique, on s'imagine qu'on sera plus maître de notre destin, si on maîtrise quelques "clefs", qui sont tout à fait imaginaires. La réalité c’est que dans notre système mondial actuel (d’autres sont possibles, mais ne sont pas prêts de voir le jour), la valeur de la monnaie est une conséquence de multiples facteurs, pas une cause.
Les apprentis sorciers qui pensent qu’on peut, sans retour de bâton douloureux, jouer volontairement sur la valeur de la monnaie pour résoudre des problèmes, se trompent de moyens. L’histoire économique ne démontre pas autre chose. Même les États-Unis finiront par le payer, encore plus dramatiquement qu’aujourd’hui… Mais visiblement, c'est trop difficile à comprendre pour certains....
Pour conclure provisoirement…
Merci, pour une fois, à l’Allemagne (même si elle a tort sur d’autres points), pour son entêtement à refuser l’inflation. Elle a, dans son histoire payé très cher, avec le nazisme, sa crise des années 20 et elle est, en conséquence, viscéralement opposée à une fuite en avant inflationniste, quelle qu’en puisse être la forme. Merci encore à elle de nous permettre ainsi encore, à nous et à bien d’autres, de vivre au-dessus de nos moyens…
Et pour paraphraser un texte qui circule sur le Net, connaissez-vous la définition d'un « économiste » ? C’est un expert qui ne connaît le monde qu’à travers des livres, qui sera capable de dire demain pourquoi ce qu'il a prédit hier n'est pas arrivé aujourd'hui.
C’est de l’humour et heureusement tous ne correspondent pas à cette définition, cependant assurément, ceux qui nous proposent un retour au Franc font partie de ces économistes-là.
P.-S. :
- pour ceux qui veulent approfondir les questions relatives à la monétisation des dettes, un excellent article très pédagogique de Tythan, même s'il a des conclusions parfois hâtives et hasardeuses.
- pour ceux qui veulent approfondir et épuiser le sujet, les suites de cet article : C - 28 - Euro contre Franc : un débat démocratique entre citoyens - Laurent Pinsolle et Incognitototo (début)
Michel Martin 16/05/2013 10:23
Incognitototo 01/06/2013 18:00
Michel Martin 24/10/2012 07:25
Michel Martin 23/10/2012 23:42
Incognitototo 24/10/2012 02:28
Michel Martin 23/10/2012 17:22
Incognitototo 23/10/2012 18:10
Michel Martin 23/10/2012 16:31
Incognitototo 23/10/2012 17:14
Salva 14/10/2012 01:01
Incognitototo 14/10/2012 02:11
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Incognitototo 13/10/2012 17:38
Aboubacar33 07/01/2011 15:15
Incognitototo 07/01/2011 15:21
Aboubacar33 07/01/2011 14:31
Incognitototo 07/01/2011 15:09
Aboubacar33 07/01/2011 13:00
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Aboubacar33 07/01/2011 11:29
Incognitototo 07/01/2011 12:16
Aboubacar33 05/01/2011 17:24
Incognitototo 06/01/2011 12:46
Aboubacar33 03/01/2011 09:38
Incognitototo 05/01/2011 16:02
Chouette et chouette 31/12/2010 13:24
Chouette et chouette 31/12/2010 08:49
Incognitototo 31/12/2010 10:57
Aboubacar33 29/12/2010 20:55
Incognitototo 06/01/2011 14:35
EA 29/12/2010 02:02
Incognitototo 06/01/2011 14:22
Aboubacar33 28/12/2010 20:21
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I-Cube 28/12/2010 17:33
I-Cube 28/12/2010 16:36
Incognitototo 28/12/2010 17:31
Aboubacar33 28/12/2010 16:32
Incognitototo 28/12/2010 17:30
EA2 26/12/2010 22:28
Incognitototo 28/12/2010 16:40
EA 26/12/2010 22:18
Chouette et chouette 26/12/2010 14:44
Incognitototo 26/12/2010 15:04
sammy 26/12/2010 07:50
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Chouette et chouette 25/12/2010 12:42
Incognitototo 25/12/2010 17:45
jojocanard 23/12/2010 18:18
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dexter 23/12/2010 15:19
Incognitototo 23/12/2010 19:49
Tythan 23/12/2010 15:02
Incognitototo 23/12/2010 15:19
Filantrop 21/12/2010 10:14
Incognitototo 21/12/2010 14:02
dexter 20/12/2010 17:33
Incognitototo 20/12/2010 17:57
dexter 20/12/2010 17:28
Michel MARTIN 18/12/2010 19:39
Incognitototo 18/12/2010 23:11
Capitaine Haddock 18/12/2010 11:20
Incognitototo 18/12/2010 13:50
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Incognitototo 18/12/2010 04:39
Michel MARTIN 17/12/2010 07:39
Incognitototo 17/12/2010 13:59
Laszlo 16/12/2010 13:32
Incognitototo 16/12/2010 13:49